La Femme Kabyle (Alfred COULON) 3

La Femme Kabyle (Alfred COULON) 3

Dans les régions où des écoles sont ouvertes depuis longtemps aux filles indigènes, les moins prévenus se rendent facilement compte de l’heureuse influence qu’elles exercent sur la population. Leurs anciennes élèves, loin d’être des révoltées, trouvent à se marier dans de bonnes conditions et la dot versée pour elles est souvent bien supérieure à la moyenne, ce qui prouve qu’on apprécie leurs qualités et leurs talents.

D’après le témoignage même de leurs maris, elles sont devenues, pour la plupart, d’excellentes ménagères économes, actives et industrieuses et elles savent tirer le meilleur parti possible des ressources mises à leur disposition. Mères de famille plus conscientes et plus probes, elles tiennent leurs enfants propres et les élèvent bien.

Aussi, devant les heureux résultats obtenus, les indigènes éclairés, autrefois farouchement hostiles à l’instruction des filles, demandent de plus en plus, par l’intermédiaire de leurs élus et de leurs notables, la création de nouveaux Cours Complémentaires d’Enseignement Professionnel où les jeunes filles indigènes, tout en recevant un enseignement général réduit, s’initient aux occupations du ménage, aux ouvrages manuels, usuels et à la fabrication des tapis orientaux.

Le bénéfice réalisé sur la vente des articles confectionnés sert à rémunérer le travail des jeunes apprenties dont l’assiduité est ainsi récompensée. L’action heureuse de ces cours d’apprentissage se poursuit hors de l’école par des œuvres d’assistance dont l’objet principal est de procurer du travail aux anciennes élèves, de leur faciliter l’achat, de leur louer à bon compte ou de leur prêter des métiers à tisser perfectionnés, de les aider à écouler le produit de leur travail aux conditions les plus avantageuses ; enfin de leur venir en aide sous les formes, les plus diverses et les plus ingénieuses.

Par les services qu’ils rendent, par la faveur dont ils jouissent, ces Cours servent merveilleusement la cause de l’enseignement des filles indigènes ; par eux, par leur belle tenue, par leur action bienfaisante, par la propagande active, que font autour d’eux les anciennes élèves, les dernières préventions tomberont et la cause de l’enseignement des indigènes ne tardera pas, elle aussi à triompher de tous les préjugés, de tous les égoïsmes ligués encore contre lui comme ils l’étaient au début contre l’enseignement des garçons indigènes et, au temps de Guizot contre l’enseignement populaire.

Ils ont d’ailleurs pour eux quatre puissants facteurs de succès :

 

1 La volonté ferme des pouvoirs publics de faire œuvre féconde et durable.

2 La bonne volonté éprouvée des institutrices dont l’esprit d’initiative, le zèle et le dévouement font l’admiration de tous ceux qui suivent avec sympathie leurs patients et louables efforts.

3 Une organisation bien comprise et d’ailleurs perfectible.

4 Enfin, l’intérêt des indigènes qui seront les premiers à bénéficier de cet enseignement utilitaire et moralisateur.

Par suite, que tous ceux qui ont à cœur l’expansion toujours plus grande de notre civilisation et de notre influence, unissent leurs efforts pour entretenir en faveur de ces Cours Complémentaires d’Enseignement Professionnel et Artistique et des œuvres d’assistance sociale qui les prolongent, un courant d’ardente sympathie. Ils font de la bonne besogne et je suis certain que nous n’aurons pas à regretter nos sacrifices. N’oublions pas en effet, que, s’il faut être fort pour être respecté, il faut être bon pour être aimé.

 

Alfred COULON- La Femme Kabyle

Directeur de l’École d’Application d’El-Biar. BSGAAN ; 1930

 

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