Tilyuna Su : une voix à deux sonorités

Tilyuna Su : une voix à deux sonorités

Tilyuna Su est son pseudonyme. Auteure et chanteuse-compositrice, Souad Chibout, de son vrai nom, vient de voir le fruit de son travail doublement récompensé.

Native d’Aït-Soula, son village perché sur les hauteurs de Chemini à Vgayet (Béjaïa) en Kabylie, elle se voit projetée sur ses créations et dans ses envolées lyriques. Déterminée en s’affichant telle qu’elle se conçoit et tel que l’art la façonne, elle associe sérénité à volonté, et volonté au courage habitant son jeune cœur bien à sa place, là où confluent loyalement des valeurs humaines, les siennes.

« Asikel » est le titre de sa nouvelle (tullist) écrite à l’encre de ses couleurs ; « Lfusi lfusi »» est le titre de son premier album chanté avec la voix de son cœur.

Editée respectivement aux éditions Achab et Ifri Music, Souad Chibout fraie un chemin lumineux aux ambitieux ayant l’art comme véhicule de transformation intérieure et désireux de sortir de l’ordinaire latent handicapant psychologiquement le moral de tous ceux qui se projettent, à leurs manières, dans des horizons plus clairs et plus harmonieux. Ceux-là ayant subi des affronts et des vicissitudes, les yeux en pleurs de vaines attentes et le couteau vrillé délibérément dans la plaie actionné et paraphé par le système. Ceux-là dans leur silence criant souhaitant grandir sereinement dans leur propre pays à l’image de leurs semblables vivant sous l’égide d’autres cieux plus lénifiants. Ceux-là qui attendent une responsabilité et une vertu de l’âme dignes des gouvernants mettant en avant le développement et non la régression. Ceux-là qui continuent à tenter l’aventure ailleurs pour être à nouveau bousculés voire humiliées dans leur dignité en revivant dans la douleur ce qu’ils avaient pourtant fui. Ceux-là qui cherchent seulement à se construire et à construire ce riche et beau pays qui les appauvrit.

Par sa plume enchanteresse et sa voix sublime, elle nous invite dans un monde meilleur où l’optimisme l’emporte sur l’inquiétude, où l’humanisme cohabite avec l’existentiel, et la mélodie avec l’universel. Non pas qu’elle s’arroge, plutôt s’interroge sur l’évolution de la société dont elle fait partie en donnant l’exemple par le biais de l’empathie et de l’empreinte parfumée qu’elle laisse sur ses passages. « C’est cela compatir avec ce qui m’entoure. C’est cela résister à l’épreuve du temps. C’est cela une implication et un engagement pour moi », avoue-t-elle. Rien ne lui échappe : ce qui semble écarté par le verbe est caressé de la voix ; ce qui est frôlé de la voix est peint par le verbe. Une sorte d’alchimie s’invite dans les connotations poétiques de son vocabulaire riche de sens, d’où l’idée divulguant la source d’où elle puise ses textes contemporains et ses mélodies des temps modernes.

Elle vise l’idéal en rimant poésie et mélodie comme elle nous fait vivre le quotidien dans son concret, loin des artifices et du chimérique. Sa plume qui voyage au-delà des horizons, explore et instruit ; sa voix qui s’implique, s’engage dans l’histoire et éduque. Ecrire pour elle est crier les sentiments du cœur en traduisant tout ce qu’il y a de lyrisme en soi et de vécu dans autrui ; chanter pour elle est témoigner par le timbre de la voix ce qui s’incruste dans l’esprit et sur le front gravé par tant d’années de patience, d’attente et d’espoir. Une voie rendue palpable et praticable pour nous par ses deux voix à elle, dont la première est celle dans laquelle on se traduit et la seconde celle à travers laquelle on s’identifie. Rien n’est inventé, tout est dans le vécu. Face à la balance du temps, face à l’existence, face aux aléas de la vie, face aux échecs et aux années accumulées, face au dédain, face à l’incertitude, face à la suspicion, face à la résolution, face à l’éducation qu’on s’acquiert, face à celle qu’on donne à soi-même, face à celle-là même qu’on cultive et qu’on transmet, l’expérience enseigne comme s’éduque l’esprit récepteur.

Telle une panacée dans ces couleurs et goûts reflétant la Kabylie qu’elle répand et transpose ailleurs. Les thèmes évoqués de part et d’autre sont les valeurs, l’honneur, la justice sociale, le Printemps noir et la culture des Kabyles en particulier et celle des Imazighen (Berbères) en général. Elle les écrit en tamazight comme elle les épelle en tamazight. Elle nous enseigne par le vécu les circonstances négatives comme elle nous fait vivre des lendemains certains par le ressenti ; elle écrit sur la vie qui désole comme elle l’adoucit par cette voix caressante et timbrée qui console ; elle écrit sur l’amour comme elle le chante avec amour ; elle écrit pour la paix comme elle chante et sème la paix ; elle écrit sur les traditions comme elle chante leurs modernités ; elle dénonce l’arrogance et l’égoïsme comme elle chante pour l’affabilité et l’altruisme ; elle écrit sur l’émancipation de la femme comme elle chante la liberté de la femme. Tout est recherché, et les textes et les mélodies qui les accompagnent.

« Mon bonheur absolu est quand j’articule à loisir par ma voix ou par ma plume ma langue maternelle », confie-t-elle. Sanctionnée par l’université de Vgayet (Béjaïa) par un master de langue et culture amazighes, Tilyuna Su, à la fleur de l’âge tout en épousant tous les âges, est une artiste à lire et à écouter, à soutenir et à encourager.

Mohand-Lyazid Chibout (Iris) | LematinDz

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