Youssef Zirem un artiste des mots, un écrivain exigeant et patient "Pour l’amour et la liberté des mots"

Youssef Zirem un artiste des mots, un écrivain exigeant et patient "Pour l’amour et la liberté des mots"

Youssef Zirem est un artiste des mots, un écrivain exigeant et patient qui sait qu’il faut du temps pour écrire, construire une œuvre. C’est aussi un journaliste qui aime donner la parole à d’autres auteurs. Avant le Salon du Livre à Paris, il s’est arrêté chez monBestSeller dont nous reprenons ici l’entretien. Retour en huit questions sur son parcours, son rapport au livre et à l’écriture.

Peux-tu résumer ton parcours d’écrivain, comment es-tu venu à l’écriture ?

Youssef Zirem : Cela fait des années depuis que j’écris. Mon premier livre,Les Enfants du brouillard, est sorti il y a vingt ans à Paris. J’ai toujours aimé les mots, j’ai toujours eu ce désir de m’évader à travers les histoires, j’ai toujours adoré les mondes imaginaires. Je suis venu à l’écriture grâce à ma mère qui savait nous raconter les contes kabyles avec une douce poésie. Ma mère que je salue avec vénération avait le pouvoir de nous plonger dans un monde d’aventures où les valeurs humaines d’amour, de vérité, de tolérance, de solidarité, triomphaient toujours à la fin de son conte. Avec mes frères et sœurs, nous l’écoutions, chaque soir, presque religieusement, avec passion, et nous préférions son verbe à la télévision. Mon père aussi m’a aidé à venir dans ce monde de l’écriture en mettant à ma disposition une bibliothèque assez fournie ce qui était assez rare à cette époque-là sur les hauteurs majestueuses de la Kabylie.

Pour toi, l’écriture est un besoin, une nécessité ou une passion ?

Au départ, l’écriture a été pour moi une passion. J’ai commencé à écrire très jeune, presque enfant. J’écrivais des petits textes, des poésies. Adolescent, je disais à mes cousins que j’écrirai des livres, plus tard. Mes cousins étaient étonnés de ma certitude d’écrire des romans à l’avenir, moi qui faisais alors des études scientifiques. Mais même en devenant ingénieur d’état en pétrole, je ne perdais pas mon envie d’écrire. Lorsqu’en octobre 1988, la population se soulevait contre le pouvoir militaire du parti unique en Algérie, le système fut obligé d’amorcer des réformes. Ainsi il y a eu la liberté de créer des journaux indépendants. Je n’avais pas hésité une seule seconde : j’ai démissionné de mon poste d’ingénieur pour devenir journaliste. Comme pour Albert Camus, mon premier journal fut Alger-Républicain, un quotidien fondé en 1938. Le journalisme m’a permis de travailler mon écriture. Au fil du temps, l’écriture m’est devenue une nécessité vitale. Encore aujourd’hui, il se passe rarement une journée où je n’écris pas, dans un genre ou un autre.

As-tu des rituels en tant qu’auteur avant de travailler et pendant tes moments d’écriture ?

Je n’ai pas vraiment de rituels en tant qu’écrivain. Mais je me connais assez bien, je sens les moments où je suis inspiré pour écrire de belles choses. En revanche, je sens également les moments où je ne suis pas d’attaque ; dans ce cas-là, je me mets plutôt à lire des auteurs que j’aime. Mais même en lisant, un écrivain est également en train d’écrire dans la mesure où son regard sur le livre qu’il lit est toujours en rapport avec ses écritures en cours, ou à venir.

Si tu avais un seul conseil à donner à un jeune auteur ?

Je dis toujours à un jeune écrivain qu’il ne peut pas tout dire dans un seul livre. Je lui dis toujours de penser à écrire plusieurs livres. Car tous les écrivains croient, au départ, que leur premier livre va contenir toutes leurs quêtes. Ce qui est impossible. Je dis aussi à un jeune auteur de toujours croire en lui, la confiance en soi est, dans bien des cas, essentielle dans la création littéraire.

Quel est ton auteur préféré ?

Il y a plusieurs auteurs que j’aime beaucoup. C’est le cas d’Albert Camus, un vrai humaniste qui n’a jamais triché ; un visionnaire, un artiste qui a, on s’en rend compte avec l’avancée vertigineuse des jours, eu raison sur pratiquement tous les sujets. J’aime aussi William Faulkner, un monument de la littérature universelle qui a tout dit. J’aime également Tahar Djaout, un immense poète, un romancier inspiré, un vrai gentleman, un ami kabyle précieux, assassiné par les barbares durant le printemps de l’année 1993, à Alger. Il y a aussi d’autres écrivains avec lesquels je me sens proche, je ne pas les citer tous, ils sont nombreux.

Quel regard portes-tu sur l’écriture au format numérique ? Quel est ton rapport avec l’objet livre ?

J’écris, depuis déjà des années, sur une machine, un ordinateur devenu incontournable pour de nombreux écrivains. Mais l’écriture au format numérique ne m’emballe pas beaucoup. Je reste attaché au livre, pour moi cet objet est magique, c’est le compagnon idéal. J’achète toujours des livres, j’aime les toucher, j’adore avoir plusieurs versions d’un même livre, j’offre toujours comme cadeau des livres. Pour moi, le livre ne sera jamais démodé. Le livre occupe un espace énorme dans ma vie de chaque jour.

Tu es aussi journaliste et ton émission te permet de rencontre beaucoup d’auteurs. On sent chez toi une vraie gentillesse et un intérêt sincère vis-à-vis des auteurs. Tu penses que nous sommes nécessaires à la société d’aujourd’hui ? As-tu peur que les gens arrêtent de lire dans un monde peuplé d’écrans ?

Oui, j’anime une émission littéraire, Graffiti, sur Berbère Télévision (BRTV) depuis maintenant trois ans. Effectivement je rencontre beaucoup d’auteurs qui viennent des quatre coins du monde. Mon émission est une longue conversation conviviale et heureuse ; le but de mon émission n’est pas de ridiculiser mes invités, au contraire, c’est juste de saisir le meilleur en chacun d’eux. Dans bien des cas, mes invités se surprennent à dire dans mon Graffiti, des choses qu’ils n’ont jamais envisagé de dire un jour. L’écrivain et journaliste du Parisien, Pierre Vavasseur a, ainsi, durant mon Graffiti raconté des choses sur sa vie familiale que personne ne connaissait auparavant. Je pense qu’il y aura toujours des gens qui auront la passion de la lecture, la passion des livres et des mots. Non les gens ne s’arrêteront jamais de lire. Jamais…

Peux-tu nous parler de ton actualité littéraire ?

Je viens de sortir la deuxième version de mon Histoire de la Kabylie, augmentée et actualisée, aux éditions Yoran Embanner. Ce livre est une plongée dans le vécu du peuple kabyle depuis 20 000 ans jusqu’à aujourd’hui. Il y a également une chronologie dans cet essai ; cette chronologie se termine au mois d’octobre 2014 par ce bel hommage de la ville de Paris à un de ses grands poètes et chanteurs, Slimane Azem : ainsi, dans le 14ème arrondissement, une place porte désormais le nom de cet humaniste qui a si bien chanté l’exil. Mon dernier roman, « L’Homme qui n’avait rien compris », une histoire parisienne, publiée aux éditions Michalon, continue à bien marcher. Je vais sortir en septembre prochain, un nouveau roman.

Propos recueillis par Stephan Ghreener

source: http://www.lematindz.net/news/16832-youssef-zirem-pour-lamour-et-la-liberte-des-mots.html

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