Prison du roi numide Jugurtha en Italie

Prison du roi numide Jugurtha en Italie

Sous la carlingue de l’aéronef d’Air Algérie défilent de denses massifs boisés après une imprenable vue sur les côtes de la capitale italienne.

Dans l’appareil qui s’apprête à atterrir, ce n’est pas tant le beau panorama qui alimente la discussion des passagers, mais c’est cette inhabituelle ponctualité de ce vol Alger-Rome du 3 novembre.

La capitale transalpine et sa région sont inondées par un soleil généreux. Le temps est splendide et la mer calme. Ces eaux de la Méditerranée que partagent le sud de l’Europe et l’Afrique du nord ont connu des civilisations, des guerres et des brassages de populations qui ont façonné les relations internationales.

C’est cette mer, d’ailleurs, qu’a du emprunter la marine Romaine avec à son bord un illustre prisonnier; Jugurtha (Yugurten, en tamazight) le roi berbère de Numidie. C’était il y a près de 22 siècles.

Aujourd’hui, cette prison, connue sous le nom de Mamertine (Mamertinum en Italien ou encore Tullianum), est une destination touristique mondiale. Le lieu est situé dans le Forum Romain. Celui-ci était dans l’Antiquité le carrefour public où se traitaient les transactions commerciales, les affaires politiques, judiciaires ou religieuses.

Il n’en reste que des vestiges qui attirent une fréquentation incessante de touristes, et les contingents du continent asiatique, sont les plus nombreux, précise Augusto, guide touristique.

Ce dernier, expliquera que la forte présence militaire et policière (carabiniers, police municipale, police de la capitale et police nationale) autour de la cité antique, surtout à proximité du Colisée, est surtout justifiée par la tragédie de l’avion russe qui s’est écrasé dernièrement au Sinaï, en Egypte. L’aperçu de cette forte présence sécuritaire a été donné à l’atterrissage de notre avion sur le tarmac de l’aéroport international Leonard-de-Vinci de Rome Fiumicino, où un véhicule de police attendait près de la passerelle.

Deux policiers observaient la descente des passagers, leur montée dans le bus, et ils l’ont suivi jusqu’à la porte de la salle de débarquement où des carabiniers étaient postés.

Vigilance, saleté et graffitis

Frederico, notre accompagnateur, opine : «Je ne sais pas si vous allez aimer Rome. C’est une ville qui manque de propreté, mais surtout pleine de graffitis».

On n’en imaginait pas réellement l’étendue du phénomène. Sur les murs, les voitures du métro, le tramway et les bus, les  graffitis sont omniprésents. La ville de Rome vit de tourisme. On fait payer une taxe de 3,50 euros par jour et par touriste qui séjourne dans les structures touristiques de la ville.

Les mégots sont partout. Les papiers et autres déchets aussi. Frederico se désole pour les graffitis : «Il est vrai que certains dessins sont magnifiques, mais cela donne une image d’une ville abandonnée à l’incivisme. La police laisse faire. On ne comprend pas». La station de métro, le Colosseo, n’échappe pas à cette règle. C’est la destination à prendre pour visiter le Colisée, ce bâtiment historique impressionnant par son envergure.

Ce colosse, (Colosseo en italien) était un immense amphithéâtre de forme ovoïde, l’une des plus grands ouvrages jamais réalisé par les architectes romains est l’attraction touristique par excellence. Le bâtiment qui comprend quatre étages extérieurs d’une hauteur de 48,50 m connait des travaux de confortement. Certaines larges pierres se détachent.

Des murs sont visiblement lézardés. Ceci n’empêche pas les touristes d’affluer pour 12 euros la visite. Une gratuité est toutefois offerte aux journalistes. La carte d’El Watan nous a donné ce privilège.

Le Colisée est aujourd’hui, l’image référence de la capitale italienne vers lequel convergent des centaines de touristes par jour. Sa construction, juste à l’est du Forum Romain fait de ces lieux le cœur de Rome, antique et même actuelle. C’est dans cet endroit où se trouve le Tullianum, la prison romaine où le roi Jugurtha avait péri.

Pour s’y rendre, il faudrait longer le boulevard qui va du Colisée vers l’ouest, où accéder par le Forum pour 12 euros, où gisent de grosses pierres, au milieu d’herbes folles et sèches et qui se sont détachées des gros murs dont il ne reste que la base pour certains. Les agents d’accueil ne connaissent pas la prison de Jugurtha.

Il fallait demander le Mamertinum ou le Tullianum. L’imposant immeuble, en cours de rénovation, situé à proximité de l’église San Guiseppe Dei Falegnami,  est bien connu. Une peinture de couleur ocre recouvre les murs.

C’est évident, le bâtiment est en travaux, tout comme le Forum dans son ensemble qui est en chantier. Les fouilles archéologiques se suivent à un rythme ininterrompu. Devant le Tullianum, une grille métallique empêche l’accès. Un sobre écriteau annonce la fermeture du bâtiment pour travaux. Les touristes qui arrivent sur les lieux sont déçus. Cette fois-ci, on n’aura pas l’opportunité de pénétrer dans ce profond et lugubre endroit.  L’entrée est en tout cas payante.

On pourrait s’engouffrer dans les méandres de cette prison, avec des murs si épais que l’on a l’impression qu’ils vont tomber sur nos têtes. Par endroits, il faut s’incliner d’un côté pour pouvoir avancer.

C’est dans cette prison que le roi berbère Jugurtha a été détenu avant d’être exécuté vers 104 avant J.-C. Pour le touriste, c’est un musée à visiter, une galerie à voir. Pour Jugurtha, c’était un abominable lieu de supplices qu’il rejoignit, attaché avec des fers lourds, enchainé à des chars de l’époque, subissant des humiliations dans la longue marche dans Rome lors de la parade triomphale de Caius Marius, général et homme d’Etat romain (157 av. J.-C -86 av. J.-C).
Ci-git Jugurtha

Les portes de l’enfer s’étaient ouvertes pour se refermer sur Jugurtha à jamais. Il mourut après six jours de torture, les lobes de ses oreilles lui avaient été arrachés. Sur le plancher demeure encore la trappe métallique de forme circulaire et de près de 50 cm de diamètre, avec d’épaisses traverses de couleur brunâtre, et au fond un cachot humide où mourut le roi berbère.

L’histoire de cette prison remonte au VIIe siècle av. J.-C. Elle avait été creusée sous le règne d’Ancus Marcius, roi de la Rome Antique de 641 à 616 av. J. C, puis agrandie par le roi Servius Tullius, qui aurait régné de 575 à 535 av. J.-C, qui laissa son nom, Tullianum. Elle fut encore agrandie au Moyen Âge et porte le nom de prison Mamertine. C’est une prison souterraine à deux étages.

Citant Caius Sallustius Crispus ou Salluste (octobre 86 av. J.-C- mai 35 av. J.-C.), homme politique, militaire et historien, Haouaria Kadra-Hadjadj dans son livre Jugurtha. Un Berbère contre Rome (Barzakh 2013) décrit en page 195  ce cachot inondé, sans air et lumière : «Il y a dans la prison, quand on monte, un peu sur la gauche, un endroit nommé le Tullianum, enfoncé d’environ douze pieds (trois mètres et demi) sous terre. Il est de tous côtés fermé par des murs et couvert d’une voûte en pierres de taille ; la saleté, l’obscurité, l’odeur lui donnent un aspect sinistre et terrifiant». Jugurtha, né en 160 av. J.-C. et mort en 104 avant J.-C. dans cette prison, s’oppose durant sept ans à la puissance romaine, entre 111 av. J.-C. et 105 av. J.-C.

Ce petit-fils du roi numide, Massinissa qui fut un grand allié de Rome durant les guerres puniques, est envoyé en Espagne (Hispanie à l’époque) pour combattre avec les troupes de l’armée romaine et fit preuve de bravoure et de combativité. La guerre de Jugurtha, (111 av. JC-104 av. J.C) comme la guère de Libération nationale (1954-1962) ont toutes les deux duré sept ans. L’une comme l’autre ont connu des faits d’armes héroïques,  mais aussi des intrigues, des revirements, des souffrances mais surtout la trahison. Jugurtha avait été capturé et livré à Rome par Bocchus, son beau-père, roi de Maurétanie.

Des siècles plus tard, à l’intérieur du Tullianum, il ne reste que la mémoire. Du moins pour ceux qui veulent l’entretenir. Il n’y a point de traces de Jugurtha, ni de plaques qui puissent signaler  une quelconque référence au roi numide. L’Algérie tourne le dos à l’histoire. Quant à Rome, elle continue de tirer profit de la prison du roi numide. Le visiteur devra s’acquitter de 10 euros pour entrer dans cet orifice de triste mémoire.

Saïd Gada

source: elwatan

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