il y a 22 ans, katia bengana a été assassinée pour avoir refusé de porter le hijab

 

Le 28 février 1994, Katia Bengana fut sauvagement assassinée par le GIA qui avait imposé aux femmes l’obligation de porter le voile de la honte.

Katia Bengana : La lycéenne devenue héroïne.

A un lecteur qui me complimentait pour le fait d’écrire et de rappeler le souvenir « Katia Bengana » à chaque occasion, j’ai eu spontanément cette réponse : « Je ne peux pas être insensible à tes compliments, mais je ne crois pas avoir fait quoi que ce soi pour la mémoire de Katia qui mérite beaucoup plus qu’une simple évocation. Elle mérite une reconnaissance par tous car, pour moi, c’est une Femme qui, malgré l’amnésie ambiante et l’ingratitude, est entrée de plain-pied dans l’histoire et dans la conscience collective« . Ce 28 février marquera le 20ème anniversaire de son assassinat par une horde islamiste. J’aurais tant aimé que son père, ses sœurs et son frère (la mère étant morte en 2008 suite à la douleur insupportable de la perte de sa fille) ne se retrouvent pas seuls devant la tombe de Katia et que les Kabyles, les laïques encore non carriéristes s’en rappellent et puissent réchauffer le cœur meurtri de cette famille, par une présence massive qui ne sera qu’un tout petit peu de reconnaissance au sacrifice suprême de Katia qui mérite tous les hommages.

Le père, Dda Rachid, et ses enfants, bien que profondément déçus par l’amnésie qui s’est emparée des pans entiers de la société, déçus par le retournement de veste des « démocrates laïques » d’antan et l’offensive islamiste sans précédent que nous connaissons depuis au moins 1998, bien que détruits et meurtris en tant que famille, ils n’ont pas changé de fusil d’épaule ni de position sur la question de l’islamisme et du danger que celui-ci représente pour le bien-être et le devenir des individus et des peuples. Ils se sentent seuls et abandonnés, ils ont toujours la douleur vive, notamment depuis le décès de la mère, mais leurs convictions et leurs idéaux qui furent également les nôtres et ceux de Katia, restent intacts, et eux, imperturbables dans leur dignité et dans l’honneur qu’ils tiennent à préserver pour que la mémoire de Katia ne soit jamais malmenée…

Aujourd’hui, il est, pour nous tous et toutes, répréhensible de sombrer dans cette atmosphère irrespirable faite, à dessein, pour imposer une amnésie collective et mettre sur un même niveau la victime et le bourreau, le terroriste islamiste et la victime démocrate et laïque, le lâche et le héros, le carriériste et l’incorruptible militant, la mémoire et l’oubli… L’argent sale, la promotion de la médiocrité, l’ambition personnelle et l’opportunisme primaire des opposants de pacotilles et d’une élite lèche-botte, les reniements et les compromissions, la désinformation et l’endoctrinement sur fond d’une surenchère religieuse sans précédent, la précarité et l’insécurité, le racisme et le déni identitaire chaque jour plus sournois …sont autant de leviers mis en œuvre durant ces 15 dernières années pour produire une ankylose citoyenne, une apathie sociale et une animalisation de l’homme en le privant de ses repères, en le poussant à ignorer puis à rejeter son passé et son histoire et enfin, à développer une forme d’incapacité à se projeter dans l’avenir ; l’approche instinctive demeure la seule attitude des gens face aux événements.

Katia Bengana est, en cela, aussi une halte pour faire le point de nos petites lâchetés, de nos grandes compromissions et de nos rêves sans cesse sujet au renouveau dans le chemin tortueux vers les cimes de la dignité et de la liberté. Tout en nous hantant dans notre paresse généralisée, elle ne nous éclaire pas moins de sa force et de son céleste sourire foudroyant et beaucoup plus efficace que tous les fanatiques et autres tyrans enturbannés de l’Arabie et d’ailleurs. Aujourd’hui, 20 longues années après le lâche assassinat dont elle fut victime, que d’eau a coulé sous les ponts, que de balourdises maquillées et présentées sous des allures d’idées révolutionnaires, que de valets du système et de corrompus promus au rang de faiseur d’opinion, d’artiste, d’opposant…Entre temps, on aura eu droit à des conférences d’anciens terroristes sanguinaires dans des enceintes universitaires, à une politique suicidaire tendant à passer l’éponge sur un océan de larme et de sang et à une tentative d’effacer de la mémoire collective des monuments comme Katia Bengana, Djaout, Matoub, Nabila Djahnine…etc

Allas Di Tlelli

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