Les bonheurs infinis de la légendaire Vgayet…

C’est une halte paisible depuis des lustres

Les bonheurs infinis de la légendaire Vgayet

Comme d’habitude, la saison estivale fait remplir Vgayet. De nombreux visiteurs viennent des quatre coins du pays et de l’étranger. Ceux qui arrivent dans la cité que protège Yemma Gouraya sont rarement déçus.

Nous sommes dans un minibus, nous discutons. L’homme qui me raconte des choses est un Fançais. Mais c’est un ancien moudjahid, il était avec René Vautier au maquis. Il connaît très bien l’Algérie mais c’est la première fois qu’il vient à Vgayet. Les lieux l’enchantent mais il peine à décrire son ravissement. « Cette ville a quelque chose de particulier ; oui cette ville a un magnétisme , elle a une âme », finit-il par dire.

La mer , la montagne et l’accueil chaleureux des habitants donnent un cachet unique à
Béjaia. Il y a , dans cette région d’Algérie, une tolérance incroyable dans un pays où le nihilisme et l’agressivité au quotidien font des ravages. C’est souvent un plaisir élémentaire de voir les femmes porter leurs bijoux sans être, à aucun moment, inquiétées. Elles peuvent aussi venir siroter un thé ou une boisson tranquillement sur les terrasses de la place Gueydon
( aujourd’hui place du Premier novembre ). De là, on a une vue imprenable sur l’imposant golfe de Vgayet lequel se marie allégrement avec les montagnes des Babors, toutes proches, enneigées durant une bonne partie de l’année. La place Gueydon est un point incontournable de la cité. Les lieux sont presque tels qu’ils étaient il y a un siècle. Juste à côté, la Cinémathèque de la ville attend sa réhabilitation : la salle est l’une des meilleures au monde, avec son balcon
suspendu au dessus de la mer, mais il y a un énorme travail de réfection à faire pour que les cinéphiles respirent quand ils s’invitent à voir des images.

La place Gueydon tire son nom de l’amiral comte Louis Henri de Gueydon, gouverneur
général d’Algérie d’avril 1871 jusqu’à juin 1873. La colonisation laisse inévitablement des traces. Mais l’architecture du centre-ville de Vgayet n’est pas seulement colonialiste ; c’est plutôt un mariage forcé entre l’héritage séculaire des époques anciennes et de la présence française. Pour exemple, l’édifice impressionnant du Théâtre régional s’accroche aux restes de la casbah datant du temps des Hammadites.

En l’an 1067, En Nasser donne le nom de Naciria à la cité. Il vient d’abandonner la Kalâa des Beni Hammad ( du côté de Msila). El Mansour, fils de En Nasser, fait de Bgayet, une
capitale politique et culturelle en 1090. La ville et la région vont alors rayonner sur le pourtour
méditerranéen durant de longues années. Léonardo Fibonaci est tout jeune lorsqu’en 1202, il rédige son fameux traité de mathématiques qui booste les connaissances scientifiques de l’Occident à la suite de son passage à Vgayet. Léonardo Fibonaci est enthousiasmé par les neuf chiffres dits arabes ( ils sont en réalité indiens ) et ce zéro, abstraction irremplaçable qui fortifie
l’édifice arithmétique. Avec les chiffres romains, on ne peut faire grand chose d’ autre que des additions et des soustractions. Avec ceux-là on peut tout faire !
Léonardo Fibonaci était à l’ école du prof de maths bougiote Sidi Omar. Le traité de mathématiques de Leonardo Fibonaci va séduire l’ empereur allemand Frédéric II, roi de
Sicile. En commençant par l’ Italie, l’ Occident finira par adopter les neuf chiffres et le zéro, qui
secoueront enfin la science mathématique endormie depuis les Grecs.

Vgayet d’aujourd’hui ne se souvient même pas de son passé glorieux. Elle tente de s’ouvrir
au monde et regarde chaque jour les bateaux qui accostent au port. Les avions aussi arrivent juste à une dizaine de kilomètres de là. En été, les enfants du pays reviennent voir leur famille et leurs amis. Vgayet est la wilaya qui compte le plus d’immigrés en Algérie. Ce sont eux qui sauvent, d’une certaine manière, l’économie de la région. Car, les autorités manquent terriblement d’imagination pour faire décoller une région qui a un arsenal d’atouts pour être un pôle économique au niveau de l’Afrique du nord. Mais à part l’université de la ville qui compte près de 23000 étudiants, cela fait très longtemps qu’un investissement étatique notable n’a pas vu le jour.
Heureusement que la population bougiote et celle qui vient de la vallée de la Soummam est d’un dynamisme formidable. C’est elle qui accompagne de ses efforts le tourisme estival et qui rend agréable le séjour des hôtes de la région.

Perchée à 660 mètres d’altitude, la « bâtisse » de Yemma Gouraya protège la ville, pour y
accéder, il faut prendre une route sinueuse de 14 kilomètres et passer par le Parc national de Gouraya, un hâvre paix pour les familles et les autres visiteurs. On peut également apprécier le pic des singes avant de demander la baraka de Yemma Gouraya.
La route du Cap Carbon n’est pas loin de là. Sur site naturel, le Cap Carbon avec ses 220 mètres est le plus haut du monde. L’anse des Aiguades où avaient débarqué les Espagnols en 1507 avoisine également le Cap Carbon. La baignade est ici un véritable délice dans une plage tapissée de galets. Tichy, Boulimat, Saket, Aokas ont des réputations qui dépassent les frontières.
Le village touristique de Saket est une extraordinaire réussite dans un pays où les réalisations immobilières trouvent un mal fou à se concrétiser. Ce village construit dans les délais abrite de nombreux compatriotes immigrés qui ne gênent pas pour savourer des moments de détente inoubliables à quelques mètres de la grande bleue. Chaque année, ils sont fidèles au
rendez-vous et beaucoup d’entre eux avouent qu’ils attendent avec impatience ces retrouvailles l’année durant. D’autres visiteurs venus des quatre coins d’Algérie font de la région leur destination de prédilection chaque été…
Youcef Zirem, juillet 2005

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