Djura: Nous sommes le premier groupe berbère féminin et féministe de la World-music « interview »

Vous participez à l’hommage rendu au Cheikh El Hasnaoui. C’est votre univers…

Djura: Cheikh El Hasnaoui est un maître, un patrimoine, un pilier de notre culture. Depuis mon enfance j’écoute ses chansons. J’ai grandi avec. J’ai encore ses refrains dans ma tête. Nous avons toujours écouté la musique kabyle à la maison. Cheikh El Hasnaoui, Slimane Azem… sont les piliers de notre culture. Ils nous ont transmis un précieux patrimoine de génération en génération. Pour nous, Cheikh El Hasnaoui était un grand qui avait la notion de l’art.

Aujourd’hui, cela fait plaisir de lui rendre hommage. De le garder dans nos cœurs et dans nos mémoires… Pour moi, c’est comme un patrimoine universel. Cheikh El Hasnaoui est un grand artiste. Un hommage tardif, mais il n’est jamais trop pour bien faire. Je pense que c’est une bonne chose, cet hommage.

On commence comme cela pour perpétuer le patrimoine. C’est mieux que de faire l’inverse. Et l’artiste est oublié. L’ONDA a édité un beau coffret retraçant la discographie de Cheikh El Hasnaoui. Je pense que cela sera transmis de génération en génération.

On s’en rappellera et on va s’en inspirer. Slimane Azem surtout et Cheikh El Hasnaoui sont pour moi des pères spirituels. Parce qu’il étaient des chanteurs de l’émigration. Comme moi, qui suis partie très jeune de ma Kabylie natale.

Et puis le gros de l’émigration à l’époque en France c’était surtout des Kabyles. Donc on avait tous ces chanteurs kabyles en tête. Et Cheikh El Hasnaoui et Slimane Azem y figuraient. J’ai été bercée dans cette ambiance.

C’est avec une grande émotion que je suis là pour participer à l’hommage à notre grand maître Cheikh El Hasnaoui.

Et les voix de femmes kabyles…

Absolument ! Hanifa, Cherifa… c’est aussi notre patrimoine. Ce sont de grandes dames de la chanson kabyle. On va garder cela pour toujours. Même si on extirpe cette musique du folklore. En tout cas, on essaie de porter ce patrimoine à travers le monde.

Djurdjura était une belle formation féminine et altière, peut-être pionnière de ce qui va s’appeler la «world music»…

J’ai créé le groupe Djurdjura en 1979, mais on a vraiment débuté dans les années 1980. C’était le premier groupe berbère féminin et féministe de world music.

Car en même temps, nous étions les pionnières de la world music. C’est comme cela que nous avons fait connaître la musique kabyle à travers le monde. Parce que cela faisait partie d’un courant musical qui venait de naître. Et on a eu la chance d’avoir, au sein du groupe Djurdjura, des musiciens de réputation mondiale.

Justement, le grand batteur de Sting (ex-Dire Straits), Manu Katché, nous avait confié et «revendiqué» fièrement ses premières classes au sein du groupe Djurdjura…

Absolument ! Eh oui, Manu Katché a joué avec moi dans le tout premier concert de Djurdjura. Et il le dit et le revendique avec fierté. Ah lui, il parle toujours de Djudjura. (rire).

Pour lui, Djurdjura a été vraiment une révélation en fait. J’ai eu aussi quelqu’un comme Mini Cinilu qui était le percussionniste de Miles Davis et Weather Report, le claviériste Joe Zawinul et le saxophoniste Wayne Shorter, le bassiste et contrebassiste Miroslav Vitouš, ainsi que le bassiste Jannick Top…

De nombreux musiciens internationaux. Et pour eux, évoluer parmi des femmes berbères au sein de Djurdjura, c’était nouveau. Ils ont vraiment découvert la musique berbère. Et jusqu’à aujourd’hui, ils en parlent avec fierté. Ils sont avec nous. On se rencontre dans les festivals internationaux.

Djurdjura a collaboré avec d’autres formations polyphonique, notamment corses…

Oui, on a chanté avec Imuvrini. Afiletta des Voix Corses. En fait, j’ai mis au point des polyphonies berbères. D’ailleurs, j’ai l’intention de réaliser un album de polyphonies.

L’été dernier, vous êtes revenue en Algérie, après 35 ans d’absence. Le retour de la «fille prodige»…

Après 35 ans d’absence, j’ai été très heureuse de revenir à la terre qui m’a vue naître. (rire). Je suis née dans un petit village qui s’appelle Ifira, près de Tizi Ouzou, en Grande-Kabylie.

D’autres projets en perspective…

J’ai énormément de projets. Mais j’aurai l’occasion de vous en parler. Parce qu’il faut que je revienne pour la condition des femmes, une tournée en Algérie, peut-être, cet été. Et puis, j’ai toujours mis en avant la cause des femmes et les jeunes. Parce que je suis une mère. J’ai deux grands jeunes hommes de 27 et 24 ans.

Ont-ils de qui tenir ? Musicalement…

(rire) Oui, mes deux enfants font de la musique. Il y en a un qui fait de la musique électronique et l’autre du chant lyrique et de la danse hip-hop. Alors, tout cela fusionne bien. On a toujours été un peu à l’avant-garde des jeunes. Et aujourd’hui aussi, il fait être à l’écoute des jeunes.

Vous êtes auteure aussi…

J’ai écrit deux livres. Le Voile du silence et La Saison des narcisses. J’espère que vous aurez l’occasion de les lire ici. Je voudrais les éditer en Algérie. Ils ont été traduits dans le monde entier. Il est temps de donner la parole aux femmes, c’est rattraper le temps perdu, n’est-ce pas.(rire). Actuellement, je suis d’écrire un troisième ouvrage, un roman autobiographique. 

K. Smail

Source

(Visited 116 times, 1 visits today)
Previous Marche à Tigzirt, émeutes à Oued El Ma et grève générale à At Ouertiran (Beni Ourthilane)
Next L'Allemagne expulse 2300 Algériens

About author

Sofiane H.
Sofiane H. 725 posts

Passionné du web, des réseaux sociaux, et du design ;) Photographie <3 Amoureux du vélo :D et du Voyage :3

View all posts by this author →

You might also like

Actualités Comments

Assassinat d'Abane Ramdane : bientôt des noms dévoilés ?

Un nouveau livre sur Abane Ramdane sera édité en 2017, à l’occasion du 60e anniversaire de son assassinat, a annoncé ce samedi 6 février, Belaid Abane, lors d’une conférence qu’il

Actualités Comments

La labellisation de la figue de Beni-Maouche sera validée en mai prochain

La labellisation de la figue de Beni Maouche (Bejaia) va être validée par le comité national de labellisation des produits agricoles, dés le mois de mai prochain, a appris l’APS

Actualités Comments

Sur le chantier du futur TGV algérien (VIDÉOS)

L’Algérie aura son TGV. La première ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV) reliera Oued Tlelalt près d’Oran à Tlemcen. Lancé en 2013, le projet devrait être livré en 2017, selon