Parler de Hocine Aït Ahmed, c'est parler de tout son combat ou se taire

Cinq jours de deuil après, je ne sais toujours pas quoi dire pour rendre un hommage à la hauteur de l’Homme que nous venons de perdre. Il fallait prendre du recul, de la hauteur surtout, pour ne pas risquer d’entacher cet hommage de la polémique du moment, faire ne serait-ce qu’une allusion aux personnages grossiers qui ont squatté la scène médiatique ces dernières années.

C’est que l’Homme est grand ! Si grand par son parcours, son combat, ses idées, sa… modestie.

Je sais que pour parler de l’Homme, il ne faut surtout pas verser dans les superlatifs, lui qui en avait horreur. Du reste, ses ennemis et opposants d’hier s’en sont largement chargés.

Lui qui a toujours refusé les honneurs, sincèrement, et non par une quelconque coquetterie intellectuelle, comme l’a rappelé si bien je ne sais plus qui il y a quelques mois de cela. C’est peut-être, ou certainement, à cause du fait qu’il s’est toujours considéré comme un homme du présent.

Les honneurs étant réservés pour ceux qui ont leur combat derrière eux, qui ont marqué une halte et peuvent de ce fait se permettre de regarder leur passé avec une certaine nostalgie et s’attendre à ce qu’on les flatte pour leurs faits d’armes.

Lui, non ! Toujours dans le feu de l’action, à combattre sans aucun répit, il n’a donc pas le temps de parler de son passé. Ou si peu. D’autres s’en chargeront.

C’est d’ailleurs étrange comme la majorité des hommages qui lui ont été rendus depuis son départ ont essayé de le confiner dans son rôle d’homme du passé, d’ « historique », disent-ils. N’est-ce pas là une insulte à sa mémoire ?

Sans minimiser aucunement son rôle, incontestable et incontesté, dans la lutte contre le colonialisme français, faut-il rappeler qu’il a passé plus de temps à combattre le régime qui a ruiné le pays depuis l’indépendance ?

Certes en cette période de deuil, il serait inélégant de polémiquer, mais ça serait une grande injustice de ne pas rappeler qu’Ait Ahmed s’est battu jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à ce que sa santé le rappelle à sa condition de simple mortel.

Mais qu’avons nous vraiment perdu avec le départ d’Ait Ahmed ?

C’est la question à laquelle il faudra répondre pour savoir en quoi Ait Ahmed était un grand homme. Et ne comptez surtout pas sur ma petite personne pour vous répondre à cette question. Mais je sais néanmoins que la mort de cet Homme constituera à jamais la fin d’une époque, la fin d’une certaine façon de penser, d’agir… d’être.

Les militants et les observateurs de la scène politique algérienne savent qu’il y aura bien un avant et un après Ait Ahmed. Et là je peux me risquer à apporter quelques éléments de réponse à la question posée en haut.

Ce que nous avons perdu à jamais c’est la constance de l’Homme, la cohérence sans faille de son raisonnement et de son combat. Il a certainement fait des erreurs à propos de telle ou telle action, tel ou tel jugement, homme d’action et source intarissable de propositions qu’il était. Mais il ne s’est jamais tromper ni éloigné de l’essentiel. Et c’est en cela qu’il a été l’ « OS » pour ses adversaires politiques d’hier et d’aujourd’hui.

Il était toujours là pour rappeler au régime – et cela quelques soient les hommes qui l’ont incarné ou l’incarne aujourd’hui- son illégitimité et sa trahison de l’idéal de Novembre 1954 et cela depuis l’indépendance. Mais il était également toujours là pour rappeler à ses compagnons d’hier leurs fautes et leurs errements à un moment de leur parcours. Et en cela, la mort d’Ait Ahmed, va sans doute constituer un énorme « soulagement » pour les uns et les autres.

Car désormais, les gens du régime continueront à ruiner le pays et se lanceront dans des polémiques stériles avec leurs faux adversaires, les menacer de sortir leurs « dossiers » comme ils disent dès que ceux-ci essayent de jouer aux opposants. Mais aussi les « plus ou moins » opposants seront définitivement débarrassés de cette « bonne conscience » qui les scrute de loin et rappelle aux uns et aux autres leurs parts de responsabilité dans le drame algérien à un moment où un autre de l’histoire de notre pays.

Pour dire les choses autrement, s’ils avaient ne serait-ce qu’une once de honte par rapport à leurs actes, ils ne l’auront désormais plus. Même le FFS ne jouera plus pour eux ce rôle de miroir réfléchissant de leur bêtise. Car nous avons vu que le travail a bel et bien commencé avant même la mort d’Ait Ahmed.

Tout le monde a vu comment l’on s’est précipité à dissocier le parti de son leader historique et cela depuis son retrait pour cause de maladie. Ses farouches opposants d’hier se sont soudainement mis à lui trouver des vertus qu’ils ne lui connaissaient pas auparavant et se sont même mis à pleurer le pauvre qui se serait trahi par la direction de son parti !

Je sais que le deuil exige de laisser ses polémiques de côté, mais qu’on me le pardonne, c’est plus fort que moi. Enormément d’hommages que j’ai lus depuis une semaine sont tout simplement indignes et irrespectueux de la mémoire de l’Homme. Le travail de sape a déjà commencé et par là, ce sont eux qui n’ont pas respecté ce deuil.

Parler du combat d’Ait Ahmed, c’est parler de Tout son combat ou se taire. Et son combat, pour tenir compte de sa dernière apparition publique, va de sa tendre jeunesse jusqu’au mois de mai 2014, lorsque, à travers une vidéo, il s’était adressé aux militants de son parti pour leur annoncer son absence au 5ème congrès mais surtout leur rappeler qu’il était de tout cœur avec eux.

D ameqran nnig imeqranen, d amectuḥ ddaw Ṛebbi (Grand parmi les grand, petit devant Dieu) (Ait Menguellet dans sa chanson Tajmilt, l’hommage).

J’avais dit au début que je ne voulais pas évoquer certains personnages, mais je ne peux pas m’empêcher de penser à quoi pensent, en ce moment, ceux qui se sont pris pour les « Dieux » de l’Algérie. Que pense par exemple en ce moment le général Toufik ?

Il fera une déclaration pour rendre hommage à Ait Ahmed ? Il ne le fera pas, n’osera pas. Mais il doit se dire quand même qu’il a raté une occasion de sortir par la grande porte s’il avait accepté la main, toujours tendue, par Ait Ahmed pour l’ouverture d’un dialogue franc et salvateur pour le pays.

Il n’en est rien. Il n’a rien fait dans ce sens quand il avait le pouvoir. Il a refusé de jouer dans la cour des grands, il doit donc aujourd’hui se contenter de jouer aux combats de coqs dans la basse-cour et se faire trainer dans la boue par des moins que rien.

Il n’est pas le seul dans ce cas. Khaled Nezzar aussi sait qu’il ne pourra jamais, définitivement, traverser ce « fleuve de sang » qui le séparait d’Ait Ahmed pour venir lui rendre hommage. Alors son fils se charge du reste. Sur son site internet, le fils à papa n’a pas trouvé mieux que d’aller déterrer un témoignage d’un aigri pour diminuer le rôle d’Ait Ahmed dans la création du FFS.

C’est que c’est gens-là sont incapables de lucidité même à leur fin de vie. Et c’est en cela qu’Ait Ahmed restera leur pire cauchemar, même après sa mort. Car Ait Ahmed continuera à vivre dans chacun de nous, dans chacun des citoyens algériens qui luttent pour le pays aille de l’avant et que ces enfants puissent enfin recouvrer leur dignité.

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Sofiane H.
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