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Disparition progressive de la langue kabyle dans les 15 années à venir

Dr Hocine Toulaït, spécialiste des politiques publiques en matière des langues officielles au Canada, est revenu lors de la rencontre sur les enjeux culturels, politiques et linguistiques de la langue kabyle en corrélation avec tamazight, dans un pays où les tenants du pouvoir tergiversent encore dans l’officialisation de la langue amazighe.
À l’invitation de l’association culturelle Tiawinine (les sources) du village de Wizgan (Bouzeguène village), en partenariat avec la fondation Tiregwa d’Ottawa et de l’association culturelle amazighe d’Ottawa-Hull du Canada, Dr Hocine Toulaït, spécialiste des politiques publiques en matière des langues officielles au Canada, a animé, samedi dernier, au centre culturel Ferrat-Ramdane de Bouzeguène (60 km à l’est de Tizi Ouzou), une conférence débat sous le thème “Quel avenir linguistique pour la Kabylie ?”.
Devant un public relativement nombreux, Dr Toulaït a allié discours et images pour expliquer tous les enjeux culturels, politiques et linguistiques de la langue kabyle en corrélation avec tamazight, dans un pays où les tenants du pouvoir tergiversent encore dans l’officialisation de la langue amazighe. Il y a toujours en Algérie ce réflexe jacobin, l’idée d’un État “un” et indivisible.
Il faut une langue officielle et une seule. Cela n’est pas de l’avis de Dr Toulaït : “Plusieurs pays dans le monde disposent de plusieurs langues officielles à l’exemple de l’Inde (22 langues officielles), la Suisse 4 langues officielles (allemand, français, italien et romanche), hiérarchisées selon l’importance des habitants, l’Espagne, 5 langues officielles (espagnol, langue dominante, en plus des langues des régions autonomes : catalan, basque, galicien et aranais), le Sri Lanka (2 langues), le Canada (anglais et français), etc.” Et de renchérir : “Dans tous les pays, chaque langue est territorialisée pour une meilleure communication. En Algérie, même si de remarquables avancées ont été obtenues par la langue amazighe suite à de longues luttes revendicatives, son officialisation tarde encore.” Évoquant l’avenir linguistique de la Kabylie, Dr Toulaït ne manquera pas de mettre en avant son pessimisme quant à l’évolution de la langue kabyle en particulier et tamazight en général. Il évoquera “les quiproquos qui existent dans la communication avec cette langue et que les populations ont du mal à surmonter pour se comprendre. Il y a souvent un dialogue de sourds”, dira-t-il, ajoutant que “le plus grand danger de la Kabylie est celui de l’assimilation, autrement dit l’absorption intégrale d’une personne ou d’une communauté dans la culture d’un autre, c’est-à-dire la disparition de l’identité initiale en faveur de celle du groupe dominant”. Il insistera pour dire : “Si on ne travaille pas notre langue elle mourra inéluctablement.”
À l’aide d’un croquis, le spécialiste de la linguistique donnera l’évolution de la langue kabyle dans le temps en tenant comme repère l’année 1950 à celle de 2030. Il expliquera à ce propos : “En Kabylie, en 1950, 90% de la population ne parlent que le kabyle (unilingue). Ce taux baissera à un peu plus de 0,1% uniquement qui parleront kabyle en 2030, autrement dit, la disparition progressive de la langue kabyle dans les 15 années à venir. Le danger du bilinguisme, c’est que la deuxième langue prend toujours le dessus sur la première, c’est ce qu’on appelle l’assimilation dont les causes sont multiples : école, médias, émigration, réseaux sociaux…” Dr Toulaït fera le parallèle dans les 4 pays du Maghreb. “Les tenants du pouvoir dans ces quatre pays agissent de la même manière, à savoir contenir la revendication linguistique par l’usage à la fois de la répression et de la concession. Ils ont un même objectif : gagner la course de l’arabisation et l’assimilation totale des amazighophones”, dira-t-il.
Pour freiner ce processus de l’arabo-assimilation de la Kabylie, Dr Toulaït propose deux choix : “Poursuivre avec l’officialisation de tamazight au risque de voir l’arabo-assimilation se parachever après 35 ans de lutte revendicative et un bilan mitigé avec une première étape non encore achevée (tamazight non officielle), ou œuvrer pour l’officialisation de taqvaylit dans le cadre d’un plan spécial et d’un statut linguistique particulier pour la Kabylie où le citoyen est au centre (même territoire) de l’officialisation de taqvaylit.”

K. N. O. Source

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Sofiane H.

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