Conte Kabyle: Moc Adarghal (Moch l’aveugle)

Conte Kabyle: Moc Adarghal (Moch l’aveugle)

Que mon conte kabyle soit beau et se déroule comme un long file …
Il était une fois, un homme qui avait sept filles. Celles-ci perdirent leur mère, et leur père épousa une deuxième femme qui, depuis sa venue,, ne cessait d’être hargneuse et méchante à leur égard, ne supportant point les voir et les détestant de jour en jour d’avantage, jusqu’à ce qu’un soir, elle dit à son mari:

Tu chasseras tes filles de la maison ou c’est moi qui m’en irai.
Je les chasserai, dit-il, mais dit-moi où est-ce que je les emmènerai ?
Emmène-les demain dans la forêt aux bêtes sauvages. Le lendemain, de bonne heure, il réveilla ses filles et leur dit :
Mes chères filles, aujourd’hui nous irons chercher du bois à la forêt.
Bien père, dirent-elles. S’étant munis de vielles pièces d’étoffe pour rapporter leurs charges, elles partirent avec leur père, armé de ses outils et emmenant sa chienne avec lui. Arrivés dans la forêt, le père dit à ses filles :
Vous, vous restez ici, et moi je descendrai un peu plus bas pour couper du bois. Aussitôt descendu plus bas, il accrocha à un arbre une boite de fer-blanc avec un petit maillet à l’intérieur qu’il relia à la chienne. Celle-ci agitait le tout par ses mouvements et faisait du bruit. Après avoir mis sur pied ce dispositif, et s’être assuré de son bon fonctionnement, il s’enfuit à la maison, laissant ses filles derrière lui, toutes seules dans la forêt, croyant que leur père est toujours là en entendant la bruit que provoquait la percussion du maillet sur les branches, que faisait balancer la chienne. Les rares passants disaient aux filles :
Il est temps de rentrer, les filles, venez avec nous.
Notre père travaille encore, écoutez-le qui coupe du bois et sa chienne qui aboie. Alors passa quelqu’un qui leur dit :
Malheureuses ! Votre père n’est plus là, le bruit que vous entendez vient d’un maillet qu’il a suspendu à une branche d’un arbre et qu’il a attaché à la chienne. Les filles se rapprochèrent de l’endroit d’où parvenait le bruit, et trouvèrent que la passant disait vrai, elles lui dirent :
Nous vous prions monsieur de nous laisser venir avec vous jusqu’au village où habite notre père. Le passant accepta et les conduisit jusqu’à leur village. Elles portaient de lourds fagots de bois sur leurs têtes. Quand elles arrivèrent chez-elles, elles s’écrièrent :
Merci père, tu nous as laissées toutes seules dans la forêt, tu nous as jetées aux loups. Il répondit :
Oh mes filles, je vous croyais rentrées avant moi. Le soir sa femme lui dit :
Alors ? Les voilà revenues ! Je jure que demain elles partiront pour ne plus revenir ou tu le regretteras jusqu’à la fin de tes jours. Le lendemain, il dit à ses files :
Mes petites filles, faites votre toilette, je vous conduirai chez votre oncle. Il emprunta tous les habits qu’elles revêtiraient pour cette occasion, ses filles se firent belles et il les emmena. Ils marchèrent beaucoup, ils ne se sont pas arrêté un moment et à chaque fois qu’ils atteignaient une colline, les filles épuisées demandaint :
Père, où habitent donc nos oncles ?
Un peu plus loin, répondait-il à chaque fois qu’elles lui posaient cette question. Ils ne cessèrent de marcher jusqu’à ce qu’ils eurent atteint la mer, le père leur dit :
Déshabillez-vous et entrez dans la mer. C’est là, en marchant un peu dans l’eau, que vous trouverez vos oncles. Les plus âgées obéirent à leur père, se déshabillèrent, laissèrent leurs vêtements sur le rivage et entrèrent dans la mer, mais la plus jeune dit :
Moi, père, j’ai honte, je ne peux pas rester nue devant toi, tu te mettras d’abord derrière cette colline.
Dès que le père fut éloigné, elle ôta ses habits, les plia, prit aussi ceux de ses sœurs et en fit un paquet qu’elle emmena avec elle et entra dans la mer. Le père, qui revint, s’écria :
Que le châtiment de Dieux soit sur toi, fille misérable qui m’a trahi.
C’est toi qui t’est moqué de nous et nous a trahi, nos oncles ne sont pas ici. Il rentra chez lui sans se retourner, et arrivé à la maison, sa femme lui demanda :
Les as-tu, enfin, fait disparaître ?
Oui, oui, mais la benjamine a emporté tous les habits avec elle, et comment ferai-je avec leurs propriétaires ?
Oh, ces nippes ? Puisses-tu ne jamais les revoir. Et il dû payer cher les propriétaires. Les filles, après avoir fait quelques pas dans la mer, n’arrivaient plus à toucher le fond avec leurs pieds, et ne pouvaient regagner la terre ferme. Elles durent lutter deux jours contre les lames qui les poussaient plus loin dans la mer, le troisième jour, une grosse vague les rejeta hors de l’eau. Quand elles furent remontées sur le rivage, elles s’évanouirent, quand elles reprirent conscience, elles pouvaient à peine se tenir debout tellement elles étaient épuisées. Elles avaient très soif et avaient très faim, et leurs recherches pour trouver quelque chose afin de se nourrir dans les alentours étaient vaines, elles ne trouvèrent rien et s’allongèrent, abattues, à même le sol. La plus jeune se mit à creuser le sol, sans but, avec un morceau de bois. Et à sa grande surprise, elle trouva une fève qu’elles partagèrent à sept. Ce n’était point suffisant pour qu’elles reprennent leurs forces. C’est le lendemain, après que la plus jeune ait encore creusé, qu’elle trouva une moitié de « AMOUD » (AMUD) de fèves qu’elles se partagèrent entre elles, et se réanimèrent un peu. Le surlendemain, au fond du trou qu’elle avait fait, elle trouva une figue sèche qu’elles se partagèrent à sept. Le quatrième jour, elle en trouva ce qui remplira une bonne assiette. Le lendemain de ce jour-là, la plus jeune des filles marcha un peu, et elle aperçut au loin un château qui dominait la mer, et décida aussitôt d’aller jusqu’à lui. Elle s’approcha du château, et comprit aussitôt que c’était la demeure de MOCH L’AVEUGLE, le redoutable mangeur d’homme, dont elle a entendu parler quand elle était toute petite. La fille épiait la maison durant une bonne partie de la journée, et put remarquer que, quand MOCH disait : « Ouvre-toi porte, avec l’aide de Dieu » la porte s’ouvrait toute seule et quand il disait : « Attachez-vous bonnes bêtes, avec l’aide de Dieu » le bétail s’attachait tout seul. Elle surveillait ainsi la maison et quand elle entendit MOCH dire à la porte : « Ferme-toi porte, avec l’aide de Dieu », et après s’être assurée de son absence, elle s’approcha de la porte et prononça : « Ouvre-toi porte, avec l’aide de Dieu », et la porte s’ouvrit. Elle ne manqua pas de visiter un seul coin de la maison, elle trouva une chambre pleine de pièces d’argent, une autre pleine de blé, une troisième garnie d’orge. Quant à celle occupée par MOCH, elle était pleine de cendres, c’est de ces cendres qu’il se nourrissait. Il délayait deux cuillérées de cendres dans une cuillérée d’eau et il les avalait, car il était avare. La petite fille fit des crêpes et en laissa une près du foyer. En entrant MOCH la trouva :
Hemm … ! Dit-il. Ma maison est ruinée, et il commença à questionner ses membres.
C’est toi, main, qui a fait ça ? Ou c’est toi bouche gourmande ? La prochaine fois, je te brûlerai avec un tisonnier chauffé. Le lendemain, la petite fille prépara du couscous à la viande et lui laissa une part près du foyer. Quand MOCH rentra, il dit :
Bouche gourmande, aujourd’hui je te brûle. Il saisit le tisonnier devenu tout rouge, tellement chauffé, et l’enfonça dans sa bouche, il mourut aussitôt. Quand la petite fille revient, elle le trouva mort. Elle l’enterra et prépara un repas funèbre. Après l’enterrement, elle fit venir ses sœurs et elles habitèrent cette maison où elles vivèrent aisées jusqu’au jour où leur père entendit dire que ses filles étaient toujours vivantes et vivaient dans la maison de MOCH qui, lui, était mort. Il se déguisa en mendiant, et tout haillonneux et vêtu de loques, vint frapper à leur porte demandant l’aumône. La plus jeune de filles le reconnu aussitôt l’avoir vu et lui dit :
Va-t-en, que le diable t’emporte. Mais les plus âgées, attendris à la vue de leur père, condamnèrent le comportement de leur cadette et l’invitèrent à rentrer chez elles. La plus jeune n’arrêtait pas de les avertir qu’il leur fera encore subir de pires malheurs, mais elles en faisaient fi de ces avertissements. Le père vécut un moment chez ses filles, et un jour, il leur demanda s’il pouvait ramener sa femme et sa fille, car maintenant, il a une petite fille avec sa nouvelle femme, et il voudrait qu’ils vivent ensemble dans cette vaste maison. La plus jeune protesta mais ses sœurs acceptèrent cette proposition et, ainsi, il n’a fallu que quelques jours pour qu’il les fasse venir. La marâtre prit les rênes de la maison aussitôt arrivée. C’était elle qui commandait et il n’était pas passé un mois, qu’elle refusa la nourritures aux filles, ne leur laissant qu’un peu de glands qu’elles devaient écraser elle-mêmes. Les plus âgées se résignèrent et acceptèrent, mais quand elle voulue en donner à la plus jeune, celle-ci protesta.
Quoi ? Moi grignoterai des glands ? Mais elle se reprit tout de suite :
Ce n’est rien, donne-moi en, je vais en piler. Elle se mit à piler des glands, et quand elle détourna l’attention de la femme, elle lui asséna un coup de maille sur la tête, elle en tomba raide morte, et étant vue par sa fille, elle lui porte à son tour un terrible coup sur la tête et elle en mourût elle aussi. La petite fille chercha une couverture qu’elle mouilla bien dans un bassin d’eau et la mit à sécher sur un grand frêne au pied duquel elle étendit la femme et sa file mortes, et elle s’éloigna. Quand le père rentra, il demanda :
Dites-moi les filles, qu’est-ce qu’elles ont ?
Père, dit la petite, elle a lavé la couverture, je lui ai dit de me laisser la mettre à sécher, elle n’a pas voulu. Elle a grimpé, elle-même sur le frêne pour l’étendre et elle a dû glisser et tomber sur sa fille. Il était tellement triste, que quinze jours après l’enterrement de sa femme et de sa fille, il mourût aussi. Ses filles continuèrent à vivre dans la maison de MOCH L’AVEUGLE.

QUE MON CONTE COURT LE LONG D’UNE RIVIÈRE JE L’AI RACONTÉ AUX ENFANTS DE CHEVALIERS QUE LE TOUT-PUISSANT NOUS BÉNISSE ET QU’IL MAUDIT LES CHACALS PUISSIONS-NOUS NE JAMAIS MANGER DE BIEN MAL ACQUIS ET NE JAMAIS ALLER PIEDS-NUS EN TA MISÉRICORDE O SEIGNEUR

* AMOUD : AMUD en KABYLE est une unité de mesure de grains, équivalent à un (01) boisseau. source : http://m.benkaciali.free.fr

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